RÙNAR DECIDA DE DECOUVRIR LA TOUR DES MAGES ET SES SECRETS. Il commença sa visite par tout l’étage où il se trouvait. La décoration était plutôt sobre, les structures en bois et les murs clairs. Ces derniers étaient percés régulièrement de grandes fenêtres, ce qui permettait de donner une impression d’immensité dans un espace restreint. Sa curiosité grandit, si bien qu’il avait envie de pousser toutes les portes de l’étage et d’y jeter un œil, chose qu’il fit, évidemment, discrètement.
Son appétit curieux ne s’arrêta pas là : la grande porte boisée et gravée l’attirait avidement. Il décida de s’en rapprocher, faisant mine de simplement se dégourdir les jambes. Il ne savait pas vraiment s’il aurait le droit de passer la porte et voir les autres étages, mais la savoir fermée lui donnait fortement l’envie de l’ouvrir. Et si c’était interdit, il en mourrait encore plus d’envie. Tel un fauve, il attendit le bon moment, se fondant dans le décor des guérisseurs et guérisseuses, des patients, et du mobilier, avant d’entre-ouvrir doucement la lourde porte et de se glisser de l’autre côté.
Dès l’instant où il se trouva sur le palier, il constata qu’il devait être vraiment mal en point et épuisé pour ne pas avoir remarqué l’immensité et la grandeur vertigineuse de la tour. Il se trouvait au milieu d’un couloir courant sur toute la circonférence de la tour, délimité par un garde-fou en bois sculpté, tel un balcon. Il s’avança et s’y appuya pour regarder vers les étages inférieurs. Son souffle se coupa lorsqu’il fit le constat qu’ils étaient actuellement quasiment au premier quart de la tour.
Il fut subjugué par la sculpture centrale faisant à première vue pratiquement la totalité de la hauteur de la tour. Le sommet devait sans aucun doute être percé afin d’apporter toute la lumière possible en son centre, afin de la faire se poser sur l’œuvre centrale. Comment avait-il pu ne pas y faire attention en arrivant ? Une sculpture d’or et de pierre de lune, reflétant la lumière, si lumineuse, prenant la forme d’un arbre. Un arbre à la fois si mince et si dense, aux branches et racines si puissantes et sinueuses. Sur son tronc dansait des lignes dorées, courant du bas vers le haut, représentant à l’évidence la force vitale apportée des racines jusqu’au feuillage dense et d’or. Ce qui le rendait encore plus incroyable était qu’il n’avait pourtant que six branches et trois racines principales, mais Rùnar avait cette vague impression que bien que ce soit une sculpture, le végétal était vivant et continuait de grandir.
Son observation et sa visite s’arrêtèrent brusquement. Une pulsation violente résonna dans sa tête et dans tout son être, manquant de le sonner et de lui faire perdre l’équilibre. Son souffle devint difficile. Paniqué, il fit demi-tour, revenant vers la grande porte en bois sculpté. La main poussa la porte, une nouvelle pulsation arriva, manquant de lui faire perdre l’équilibre.
Se retrouvant face à Sigurd, il se sentit déstabilisé. Son ami le regardait comme un ennemi à abattre. Rùnar lisait et ressentait la haine, voyait les mains prêtes à le tuer, et son cœur battre à tout rompre sous l’angoisse que son ami ne passe réellement à l’acte. Il fut simplement bousculé. Soudainement, le séisme intérieur recommença, le faisant vaciller et lui coupant brièvement le souffle.Tel un fou, un homme ayant perdu complètement ses moyens et ses esprits, nourri par la panique, Rùnar couru presque dans les couloirs, ouvrant la totalité des portes, faisant sursauter ou enrager les occupants. Il devait trouver Eir. La guérisseuse sursauta lorsqu’il ouvrit violemment la porte de la salle, estomaquée de le voir faire ainsi irruption dans la pièce, et lui tomber dans les bras, comme si quelqu’un ou quelque chose dévorait ses forces au point de lui faire perdre connaissance.