LE PAS LOURD, MÉTALLIQUE, résonnait sur le marbre noir, dans un écho oppressant, le sol vibrant à chaque fois qu’un pied rentrait en contact avec lui. Les orages et la tempête grondaient au dehors, les nuages s’épaississant, réduisant la luminosité traversant les grandes fenêtres alignées symétriquement de part et d’autre de la grande halle de Forvirring. Et formant deux rangées parfaites de part et d’autre de la halle, depuis la porte jusqu’au trône, le genou gauche au sol, les Soldats du Chaos la laissait traverser, n’osant lever le regard, au risque de commettre un affront.
Elle monta les marches, dernière étape la séparant du siège qui l’attendait, une par une. Et arrivée face au trône, elle leva les mains, se saisit de son casque ailé, et le retira lentement, dans un silence écrasant. Gunnhild se retourna face à ses soldats, dévoilant un visage pâle, émacié, aux traits marqués, des yeux vert pâle au regard perçant et funeste, des lèvres pourpres contrastant bien trop avec la pâleur mortelle de sa chair. Si elle était déjà d’une taille impressionnante, alors du point de vue de ses soldats, elle paraissait gigantesque et terriblement effrayante.
Deux Soldats du Chaos situés au pied de l’escalier, se détachèrent de leur rang respectif et montèrent les deux premières marches.
Le plus grand possédait une carrure impressionnante. Sur ses épaules reposait une lourde cape faite de fourrures, maintenue par une épaisse chaîne flottant sur son torse. Son heaume lui donnait le visage d’un animal féroce, ses yeux bleus et froid brillant sous ce dernier. A sa taille, une large ceinture de cuir portait de chaque côté deux haches au manche noirci par les combats passés. Hormis le casque, le guerrier ne portait pas d’armure faite de fer ou d’autre métal. Mais à la vue de la musculature de ses bras et de la puissance de ses mains, tout être sensé devinait aisément avec quelle facilité déconcertante l’homme pouvait vous briser, ce qui le rendait bien plus terrifiant.
A sa droite, le second paraissait plus svelte, bien que musculeux, mais était de la même taille. Contrairement au précédent, celui-ci revêtait une armure, légère, le métal sombre imitant par endroit son squelette. La moitié de sa chevelure rasée laissait apparaître le dessin gravé dans la chair d’un serpent sinueux et imposant. Son visage, creusé par la minceur, arborait un air macabre et rusé, renforcé par ces deux pupilles bleues vitreuses.
Gunnhild descendit les trois marches la séparant des deux individus impassibles, son casque porté par son bras et sa main droite. Debout sur la troisième marche, elle tendit son bras de métal doré, la main dressée vers eux. Ses yeux verts se mirent à briller d’une lueur effrayante alors qu’elle s’immisçait dans leur tête. A nouveau sa voix résonna dans la halle :
– Le temps de la vengeance est arrivé…
Dans leurs esprits, elle leur montrait Sigurd rongé par les souvenirs, et Rùnar encore secoué par les révélations de Eir.
– Débarrassez-vous d’eux…
Elle dévoila alors la présence d’Hyndllah. Celle-ci s’était retournée comme si elle les voyait. Baleygr se rapprochait d’elle inquiet, coupant le contact visuel.
– Bien sûr, il y aura des obstacles sur votre route… Mais rien qui ne puisse vous arrêter…
Soudain, Gunnhild fronça les sourcils. Quelque chose lui apparut. Ou plutôt quelqu’un… Des cheveux mi long, ondulés, noir corbeaux. Un visage enfantin, des yeux bleu océan, un air presque naïf et innocent… Gunnhild se sentit déstabilisée, devinant chez cet enfant un pouvoir la dépassant pour que, sans crier gare, ce visage se présente à elle et à ses soldats. Mais serrant les dents, elle se reprit.
– N’en faites pas trop… Je veux des réponses… Trouvez qui est la fille ou amenez-la moi…
Les guerriers se courbèrent alors qu’elle quittait leur conscience, et dans un même mouvement, firent demi-tour et quittèrent la halle. Gunnhild retourna alors s’assoir alors sur son siège, la main gauche gardant précieusement le casque ailé sur ses genoux et d’une voix sifflante :
– La toile a été tissée. Rien ni personne ne pourra m’arrêter.