LA VÖLVA SE DRESSA ALORS DEVANT LA PORTE. Le berserkr tenait Sigurd par la gorge, le rouquin suffoquant sous son poing et le roublard se dressait à côté. Helgi et Rùnar sortirent malgré tout, regardant la scène, sans voix.
Hyndllah ferma les yeux, prenant une inspiration. Puis, elle s’avança. Lorsqu’elle les rouvrit, ses yeux n’étaient que lumière divine, ses tatouages brillèrent, ses cheveux tressés devinrent plus clairs, presque roux. Pas à pas, elle réduisait la distance avec les deux assassins. De tout son être se dégageait une puissance écrasante et bientôt émanait d’elle une chaleur pleine de vigueur, et une lumière pleine d’ardeur. Ses ennemis se sentirent déstabilisés. Elle accéléra son allure, imperturbable. Une par une des plumes de faucon vinrent se poser sur ses épaules, formant peu à peu dans son dos une cape extraordinaire. Dans sa main droite, elle fit apparaître un glaive, dont la lame était gravée. Elle le brandit et dans un mouvement ample, elle trancha le bras du berserkr, lui arrachant un hurlement déchirant. Sigurd tomba au sol, et reprit d’un coup sa respiration, toussant à mesure que l’air reprit sa place, douloureusement, dans ses poumons.
Sur ses joues, Hyndllah laissait couler des larmes dorées, à mesure qu’elle soufflait des sortilèges et dansait avec son glaive, bloquant la hache de l’un d’un coup, tranchant le flanc de l’autre, le coup suivant. Une dague lui transperça l’épaule. Elle vacilla, hurlant sa peine et sa douleur. Elle agrippa le bras qui l’avait blessée et dans un soupir elle lui aspira la vie. L’homme à capuche s’effrita et se dispersa comme de la cendre. Son glaive put bloquer à nouveau la dernière hache du berserkr, mais, sous le choc, elle dut poser le genou au sol, son épaule lui faisant atrocement mal. Elle prononça alors l’oraison funèbre, et le berserkr disparut comme son compagnon, ne laissant derrière lui que son heaume d’ours, aux pieds de la völva.
Reprenant petit à petit son calme et son souffle, Hyndllah retrouvait sa morphologie humaine. Son épaule la lançait, son corsage rougissant à cause de sa blessure. Le cœur lourd, le visage marqué par la tristesse, elle retira la dague de son épaule, et se redressa, sa main appuyant sur sa plaie sanguinolente. Elle rejoignit Sigurd, en titubant, puis s’assura que le garçon allait bien, oubliant presque sa propre blessure. Helgi et Rùnar se précipitèrent vers eux et les aidèrent à retourner dans la maison, le tumulte enfin derrière eux.