HELGI ENTRA À CET INSTANT PRÉCIS DANS LA PIÈCE PRINCIPALE. Elle tremblait légèrement, ainsi que sa voix :
– Vous aviez compris ?
Les deux garçons la dévisageaient sans trop saisir ce qu’elle voulait leur dire. Sigurd haussa un sourcil :
– Compris quoi ?
– Ce qu’a dit Hyndllah avant de mourir…
Ils se regardèrent, et Sigurd répondit, confus :
– Peut-être pas tout…
Helgi se perdit à nouveau dans sa réflexion, son esprit relançant la boucle des enchaînements. Elle voulut rejoindre une chaise. Elle tituba et manqua de tomber. Sigurd la rattrapa et l’interrompit dans sa boucle de pensées :
– Helgi, calme-toi…
Il la prit par les épaules et l’aida à reprendre une respiration normale. Il lui demanda :
– Qu’as-tu compris ?
Helgi glissa son regard sur Rùnar. Elle le vit inquiet. Comme s’il avait envisagé le pire. Comme s’il lui priait de ne pas tout expliquer. Il avait tout compris aussi. Elle le lisait dans son regard. Elle devinait que Sigurd avait retrouvé une partie de sa mémoire, mais que cela ferait bien trop d’un coup pour lui. Alors, le regard toujours rivé sur Rùnar elle se contenta de dire :
– … Je sais pourquoi on doit aller à Varangar… A l’Atreum.
Ils passerent la nuit chez helgi. Mais aucun d’eux ne parvenait réellement à fermer l’oeil. Rùnar pensait à Helgi entrant dans sa tête, il pensait aussi aux paroles d’Hyndllah, et à tout ce qu’il avait compris. Sigurd se demandait à quoi ressemblait l’Atreum, comment serait Varangar, il se demandait aussi ce qu’il avait pu manquer dans ce que leur avait dit la völva. Et Helgi ne parvenait pas à faire baisser l’anxiété qui s’était installée, elle repensait au puzzle des événements qu’elle avait commencé à réaliser. Il manquait des pièces… Mais elle commençait à en voir le cheminement. Au bout d’un moment, le feu s’éteignît dans la maison, le silence s’installa, et le sommeil parvint à les atteindre tous les trois. Dehors, le village se transforma. Des soldats prirent leur place et s’installèrent, une torche à la main, gardant les voies d’entrées et de sorties.
Au levé du soleil, la pluie avait cessé. Les rayons solaires réveillèrent les trois jeunes gens. Ils se préparèrent tranquillement à leur nouveau voyage plus vers le Nord. Rùnar et Sigurd reprirent leurs vêtements et rendirent ceux qu’Helgi leur avait prêté, après avoir pris le temps d’un bon bain. En cherchant de quoi s’habiller, Helgi trouva une tenue bleu nuit complète. La tunique aux manches longues et les bas arboraient une belle broderie de cinq centimètres de large, dorée et argentée sur le bord du col rond, des manches et des jambes. La broderie semblait raconter une histoire, mais Helgi n’avait réussi qu’à déterminer la présence d’une Valkyrie. La cape qui allait avec avait le haut du dos et les épaules renforcées par des pièces d’armures argentées, telles des plumes d’oiseau, la chaîne tombant sur le devant maintenant les deux pans ensemble. Helgi remarqua que le tissu intérieur était un peu plus sombre et du fil d’argent avait été utilisé pour reproduire le ciel des constellations et des astres. Elle ne sut pas trop pourquoi Baleygr lui avait caché cet ensemble. Mais elle le trouvait si beau, qu’elle décida de le porter. Sur la tunique, elle avait remis son plastron en cuir, et sur ses avant-bras, ses brassières. A sa taille elle avait serré sa ceinture où elle y avait glissé ses armes, et elle avait remis ses bottes.
Les trois amis se retrouvèrent dans la pièce principale de la maison. En voyant Helgi, Rùnar et Sigurd ne surent pas quoi dire. C’était comme si la tenue avait toujours été faite pour elle. Helgi se sentit rougir. Elle s’éclaircit la gorge et les aida à préparer les sacs de nourriture. Restait à présent à trouver des armes pour Sigurd et Rùnar. Une idée lui traversa l’esprit.
– Mon père va sans doute me détester mais… Tant pis.
Elle leur fit signe de la suivre et elle les conduisit là où se trouvait leurs chevaux à l’extérieur. Elle s’agenouilla à un angle, et écarta le foin sur lesol, laissant apparaître une trappe. Elle attrapa la lourde poignée et la souleva. Elle y plongea les bras et en sortit un drap enroulé. Elle ferma la trappe et surveillant que personne d’autres que Sigurd et Rùnar ne regardait, elle déroula le drap. Il s’y trouvait là, un arc et ses flèches, trois glaives et des dagues soigneusement rangés dans leur fourreau.
– Prenez ce qui vous convient le mieux.
Sigurd s’agenouilla devant et observa les armes blanches. Il fronça légèrement les sourcils et prenant un glaive, il le tira légèrement, observant le métal de la lame et le travail réalisé sur le pommeau.
– Où avez-vous eu ça ?
– Je ne sais pas répondit Helgi en haussant les épaules. Il est revenu de la guerre avec… Et il en a pris régulièrement soin… Pourquoi ? Tu sais à qui cela appartient ?
– Cela vient de Lysende. C’est de chez nous…
Helgi commença à saisir pourquoi Sigurd en avait été troublé.
– Raison de plus alors pour que vous vous en serviez tous les deux…
Sigurd récupéra un des glaives et les dagues. Rùnar se saisit de l’arc, des flèches et d’un des glaives restants. Après quoi, Helgi remballa le tout et le rangea sous la trappe. Ensemble, ils la cachèrent à nouveau sous le foin.
Et sur les coups de midi, ils harnachèrent les chevaux, les détachèrent et se dirigèrent vers la sortie du village. Un garde les arrêta leur demandant leur direction. Helgi lui répondit sans mentir et le garde leur expliqua la situation, la région se préparant à nouveau à la guerre mais cette fois-ci, ici et non à l’Est, comme la dernière fois.
– Pour Varangar, il va vous falloir un laisser-passer, sinon ils ne vous laisseront pas entrer. Et vu votre atirail…
– Comment obtenir un laisser-passer ?
Le garde leur désigna le poste de garde.
– Voyez directement avec le chef. Cependant, il va vous falloir une bonne raison d’y aller…
– Quel genre de raison ?
– Faire du commerce, rejoindre un proche parent ou pour un décès, ou alors rejoindre nos rangs. Au chef, il va falloir expliquer les armes aussi… C’n’est pas commun des gens armés ici, à Osmund, si vous voyez c’que j’veux dire…
Helgi hocha la tête et accompagnée de Rùnar et de Sigurd, laissant les montures, elle se rendit au poste et demanda à voir le chef pour obtenir un laisser-passer. Le poste de garde était un peu plus grand que la plupart des bâtiments, mais aussi un peu plus miteux. Le chef les reçu tous les trois dans une pièce simplement occupée par une table, des chaises, des coffres et des étagères remplies de documents, de plumes et d’encrier. Il s’assit du côté de la table où ne se trouvait qu’un seul siège. Bien qu’il invitât les trois jeunes gens à s’assoir, ces derniers restèrent debout. Il les jugea alors des pieds à la tête, un par un. Son visage et son attitude témoignait de son expérience et de son autorité. Et il était prêt à user de cette autorité naturelle sur ce qu’il considérait être une bande de gamin.
– Où avez-vous trouvé tout ça ? Ça appartient à qui exactement ?
– Tout est à moi et mon père. Répondit Helgi sans hésitation. Le soldat la toisa du regard.
– Ton nom, jeune fille.
– Helgi.
– Et ton père, Helgi. Il sait que tu as subtilisé son armurie ?
– Oui. C’est Baleygr.
Le visage du soldat prit un air plus que sérieux. Son regard plongeant dans celui d’Helgi :
– C’pas bon de mentir, jeune fille…
– Je ne mens pas. Mon père, c’est Baleygr.
Il serra les dents et semblait légèrement embarrassé. Il s’éclaircit la gorge.
– Tu vas faire quoi à Varangar exactement ?
– Le retrouver. Un membre de notre famille est décédé. Et les armes, vos gardes nous ont bien fait comprendre que la situation avait changé, alors… Je suppose que ça ne devrait pas poser de problème ?
Il attrapa un parchemin, se saisit d’une plume et commença à écrire. Il jeta un regard vers les deux garçons, restés silencieux.
– Eux ?
– Des amis de la famille. Ils m’accompagnent.
Il lui tendit le parchemin enroulé soigneusement.
– Si vous voyiez vraiment votre père. Dites-lui que le Jarl l’attend.
Elle fronça légèrement les sourcils mais hocha la tête.
Ils quittèrent alors le poste, retrouvèrent leur monture et se mirent en route.