HELGI QUITTA LA PIECE, laissant Sigurd seul avec Rùnar. Elle fermait la porte, quand elle remarqua Skuld. Si elle l’avait attendue depuis un moment, elle n’arrivait pas à le déterminer, Skuld se montrant impassible. Helgi n’avait pas besoin de demander pourquoi elle était là. Elles se faisaient face, et la jeune fille sentait son cœur battre doucement dans sa poitrine. Il y avait, chez Skuld quelque chose de familier et de rassurant. Helgi ne pouvait pas vraiment le décrire. C’était là, tout simplement. Le moment parut éternel pour Skuld, bien qu’en réalité, il ne se passa que quelques minutes. Et, mélangé à ce sentiment plaisant rien qu’en étant en présence de la plus jeune des trois Sœurs, Helgi ressentait une appréhension. Celle-ci grandit lorsque Skuld brisa enfin le silence :
– Il est temps. Suis-moi.
Au fond d’elle-même, Helgi savait de quoi Skuld parlait. Une seule question lui trottait dans la tête. Comment savait-elle pour le rituel ? Bien sûr, elle était une des trois Sœurs, donc cela paraissait évident qu’elles en aient connaissance. Malgré tout, pour Helgi, c’était surréaliste. Elle suivit Skuld à travers les couloirs, monta avec elle sans aucun doute au dernier étage de la Citadelle. La lourde double porte s’ouvrit face à Skuld, et Helgi lui emboîta le pas, découvrant un espace grandiose, complètement hors du temps et de l’espace. L’architecture lui rappelait celle de l’Atreum, sans les murs épais, sans les bibliothèques, sans les vitres de couleurs. Rien que l’ossature. Le lieu semblait pouvoir jouer avec les nuages, le sol reflétait les rayons du soleil par sa brillance.
A une bonne dizaine de mètres devant elles, Helgi aperçut Urd et Verdandi qui les attendaient, debout, derrière une table de rituel en marbre recouverte de fourrures. Elles tenaient toutes les deux un seiðstafr. Celui de Verdandi était en bois blanc surmonté d’un morceau de ramure, celui d’Urd était en bois noir. Le vent faisait tinter les os et les morceaux de bois sur lesquels étaient gravées des runes. Skuld récupéra le sien en bois clair, lorsqu’elle et Helgi arrivèrent à leur hauteur. Helgi attendit qu’elles prennent chacune leur place : Urd à la tête, Verdandi à côté, et Skuld au pied de la table du rituel, avant de s’allonger dessus.
L’angoisse et l’appréhension s’installèrent confortablement en elle. Elle sentait son cœur battre un peu plus fort.
– Tu es prête ? demanda doucement Verdandi.
Non, elle ne l’était pas vraiment. Mais avait-elle le choix ? Si elle ne passait pas l’ascension, elle risquait de vivre ce qu’a vécu Brynhilde. Et puis elle repensa à l’ascension de Lif. Alors, elle sentit l’arrivée d’un courage nouveau, bousculant son angoisse et son appréhension. Elle prit le temps de respirer et d’un signe de tête indiqua à Verdandi qu’elle était prête. Elle ne pouvait pas voir Urd, mais elle regarda un instant Skuld. Helgi fronça légèrement les sourcils, surprise de lire sur le visage de la benjamine des trois Sœurs afficher un air préoccupé.
Urd frappa le sol de son seiðstafr. Le son se propagea dans un écho surnaturel. Elle frappait en rythme et fut bientôt suivie par Verdandi et Skuld. Chacune leur tour, elles prononcèrent une parole ésotérique . Et soudainement, Verdandi brandit un couteau dont le manche en os était finement gravé, et la dernière chose que Helgi perçut dans cette réalité, fut Verdandi la frappant de ce couteau au bas de sa gorge, sans hésitation, les trois derniers mots du sortilège.