LES ORAGES S’ÉTAIENT ÉTENDUS DE FORVIRRING JUSQUE VARANGAR. Les Soldats du Chaos avaient envahi les plaines verdoyantes. Les armées du Chaos s’avançaient, les yeux bleus glacés brillant dans l’obscurité générée par les nuages, vers les murs de la ville. Les habitants, vivant en dehors des murs, avaient abandonné leur maison, avec femmes et enfants, laissant le superflu derrière eux, et se précipitaient vers les portes de Varangar pour trouver refuge derrière l’épaisse muraille. De l’autre côté des murs de Varangar, sous les orages et les tempêtes, la place du marché se vida, les cris remplacèrent les rires, les pleurs et la peur chassèrent la joie. Les hommes avaient ressorti leurs armures, les magis réchauffaient leur magie, pendant que les guerriers affûtaient leurs armes. Les Insinööris en fabriquaient de nouvelles quand elles étaient beaucoup trop rouillées ou dépassées. Ils fabriquèrent à nouveau des machines de guerre et les installèrent tout le long des murs de la ville.
La Jarl s’était préparée, avait envoyé un corbeau à Asfrid, et avait rejoint ses armées. Elle se distinguait par sa hache d’arme impressionnante, dont la lame était gravée d’une magnifique représentation de Fenrir. Son armure à la fois de cuir lourd et de métal semblait avoir été entièrement faite pour elle. Ses longs cheveux blonds avaient été tressés de façon qu’ils ne viennent pas la gêner dans le combat. Elle était respectée pour son courage, et sa force, tant elle impressionnait par son maniement d’une arme aussi lourde que sa hache d’une main et de sa magie de foudre de l’autre. Ceux qui l’avaient vu se battre il y a dix ans avaient gardé un souvenir mémorable de sa rage et de sa colère foudroyante, pouvant être bien plus terrible et foudroyante que les orages de Forvirring eux-mêmes.
De l’autre côté des murs, Gunnhild apparût enfin. Elle avait changé sa cape et son armure noires pour une cape rouge sang, tranchant avec son casque ailé, son bras et sa jambes dorés. Son armure était de cuir et d’argent. Elle surplombait ses bataillons de toute sa hauteur. Elle avançait lentement, suivant son armée, le Chaos autour d’elle dévorant toute forme de vie à chacun de ses pas, étendant ainsi un peu plus le désert de poussière et de mort derrière elle. Son épée, d’une longueur proportionnelle à sa taille, à lame dorée, brillaient d’un éclat mortel. Gunnhild la maniait d’une seule main et la faisait danser avec une telle vivacité, qu’il était impossible pour l’œil non aguerri d’en voir le mouvement. La Jarl de Varangar observait le spectacle depuis le mur de sa cité. D’un point de vue extérieur, elle restait impassible, froide, face au spectacle terrible se déroulant sous ses yeux, les villageois n’ayant pas pu fuir à temps se faisaient dévorer par le Chaos ou bien tuer par les soldats du Chaos, leurs cris déchirant l’espace. Mais au fond d’elle-même, le spectacle nourrissait une irrépressible envie de venger la mort de ses habitants.
L’armée du Chaos s’arrêta non loin des portes, noircissant d’ombres et de mort les abords de la Cité de Varangar. Sigurd et Helgi quittèrent à ce moment précis la Citadelle de Lodd, vêtus de leur armure, leur arme bien accrochée à leur côté. Ils devaient retrouver Rùnar.
Ce dernier avait atteint le mur d’enceinte, au niveau de la porte principale et y était monté. Son armure et la présence de ses armes avaient suffi pour tuer les doutes des soldats présents concernant sa soudaine présence. Un capitaine cependant remarqua son allure fatiguée, presque trop vulnérable. Rùnar avait les yeux rivés sur la marée noire présente de l’autre côté du mur, et n’entendit pas le capitaine lui ordonner de quitter les lieux. Son regard était alors fixé sur Gunnhild. Il savait qu’elle le voyait. Il avait la sensation terrible de l’avoir vu lui adresser un sourire en coin, alors qu’elle levait son bras, brandissant sa lame dorée sous le ciel de tempête.
Une secousse se produisit en lui. Il hurla de quitter le mur, de descendre et de fuir. Prenant tout le monde par surprise, tous le regardèrent abasourdi. Il hurla à nouveau, mais le bras de Gunnhild s’abattit, dans un geste implacable. Il fut alors trop tard pour fuir. Rùnar avait sauté du mur juste à temps, alors que le Chaos envoyé par Gunnhild explosa la porte et une bonne partie du mur avec, créant une brèche.
Les habitants fuyant vers la Halle, cherchant refuge et protection dans le cœur de la Cité, hurlèrent en entendant l’explosion. Les gravats avaient déjà écrasé des soldats et des habitants, tués d’autre sur le coup. D’autres encore soufflés par l’explosion s’étaient fracassé le crâne en contrebas. Il n’en fallut pas plus pour l’armée du Chaos qui pénétra dans les rues de la cité. Les orages grondèrent, et le choc des armées fit trembler l’atmosphère, l’espace et la terre, sous les cris de guerre.
Les magis déployaient toutes leurs ressources magiques, les guerriers laissaient parler leurs armes et se montraient aussi féroce que des bêtes sauvages. Gunnhild laissaient ses guerriers du Chaos envahir les rues, et traversa la brèche qu’elle avait créée, impérieuse, et terrifiante. Des magis de Varangar se dressèrent contre elle, prêts à déchaîner leur pouvoir. Un éclair cependant les séparèrent.
La Jarl s’interposa, et se montra tout aussi impassible. Gunnhild ne lui faisait pas peur. Elle l’avait vue une fois, il y a dix ans, et il y a dix ans, elle avait abandonné l’angoisse et la peur à Forvirring, devenant à Varangar aussi solide que la falaise sur laquelle reposait sa cité, pouvant se montrer aussi déchaînée que l’océan qui s’acharnait sur ses côtes.
Le combat entre les deux femmes s’engagea dans un choc terrible. Les deux Chaos s’opposaient, le métal de la hache se montra aussi tranchant et vif que la lame dorée. La précision dans chaque attaque et chaque parade souligna la maîtrise et la force de la Jarl. Cependant, Gunnhild ne montra pas le moindre signe de fatigue, même après plusieurs heures, blessant bien plus son adversaire.
La Jarl finit par tomber, un genou à terre, le nerf de son bras maniant la hache venant d’être rompu. La fatigue et la perte grandissante de sang l’avait grandement affaiblie. Elle se montra alors si vulnérable devant l’immense puissance de Gunnhild, qui malgré ses blessures avait encore de l’énergie à revendre.
Celle-ci brandit son épée, prête à porter le dernier coup, lorsqu’un immense corbeau transperça de ses serres l’épaule porteuse de la lame dorée et vint lacérer de son bec la chair. Un second corbeau attrapa les bords de la cape de la Jarl et l’éloigna de Gunnhild dans un claquement d’aile. Le cor d’Asfrid se fit entendre et Baleygr se dressa face à Gunnhild. Celle-ci parvint à chasser le corbeau de son épaule. De sa main non blessée, elle pressait son épaule ensanglantée.
Autour d’eux, la mort s’installait, absorbant toute forme de vie. Ni feu, ni flammes, le Chaos suffisait à réduire la ville en champ de ruine, le sang noircissant les rues et les pavés, les bâtiments et l’atmosphère devenant lugubres, les cadavres s’amoncelant dans la Cité.
Aucun des deux ne bougeaient, et personne n’osait s’approcher du périmètre où ils se tenaient tous les deux. Leurs puissances s’opposaient. Baleygr avait encore l’amertume de la mort d’Hyndllah en lui. Mais il représentait une nuisance pour Gunnhild. Un obstacle trop gênant.
– Retourne d’où tu viens, Porteuse de Chaos. Lança Baleygr, menaçant.
– Pas tant que j’aurais mis la main sur ce que je cherche. Ou plutôt qui. répondit-elle sur le même ton.
Pendant ce temps, Sigurd et Helgi luttaient contre les soldats du Chaos qui se dressaient sur leur chemin. Helgi utilisait davantage son glaive de manière approximative, suivant comme elle pouvait les conseils de Sigurd. Le garçon usait davantage de son pouvoir de feu pour leur ouvrir la voie plus rapidement. Helgi ne savait pas comment son pouvoir pouvait lui permettre de se battre, alors elle faisait comme elle pouvait, apprenant le maniement d’une arme sur le tas. Leur objectif était de retrouver Rùnar au plus vite.
Baleygr fronça les sourcils. Qui est-ce que la Porteuse de Chaos cherchait ? A Varangar surtout ? Gunnhild se redressa, malgré la douleur qui envahissait son épaule blessée.
– Je ne te dévoilerai pas ce que je recherche. Ni qui. Et si pour y parvenir, Varangar doit tomber, alors qu’il en soit ainsi. Déclara-t-elle.
Autour d’eux l’atmosphère fut soudainement envahie d’une quantité de Chaos pouvant tuer n’importe quel être mortel. L’œil unique de Baleygr brilla intensément dans l’obscurité ambiante.
Gunnhild resta imperturbable, droite, prête à user de sa magie dès le moment le plus opportun. Il suffit d’un coup de tonnerre pour que les deux adversaires engagent une bataille de sorts et de magie du Chaos sans précédent. Baleygr avait l’avantage de ne pas être blessé, et de pouvoir utiliser ses deux mains, dans lesquelles il fit apparaître sa lance.
Helgi entendit le choc du combat et s’arrêta dans sa course. Elle n’avait jusqu’ici jamais fait attention à ce qu’il se passait autour d’elle. Elle découvrit le champ de morts qu’était devenu la ville. La poussière et le Chaos petit à petit envahissait et dévorait les rues, les guerriers du Chaos noircissait le tout du sang des hommes et des magis se dressant sur leur route. De vives émotions envahirent le cœur et l’âme d’Helgi. Pourquoi un tel déchaînement sur cette ville si pleine de vie ? Il lui sembla alors plus qu’important de faire cesser le massacre. C’était son devoir, son rôle… Sigurd la sortit de ses pensées, tuant un soldat du Chaos qui s’apprêtait à l’attaquer par derrière. Elle reprit sa course avec son ami, et ils finirent par retrouver Rùnar.
Depuis l’ouverture de la brèche, ce dernier n’avait été que l’ombre de lui-même. La présence de Gunnhild et de son Chaos avait aggravé son mal. Dans sa tête, des voix l’invitaient sans fin à les rejoindre, et à prendre parti de Gunnhild. A tuer les guerriers de Varangar, blessés, hurlant leur douleur. Mais il entendait et voyait aussi les morts le suppliant de les guider vers l’après.
Il avait la sensation de devenir fou, au point d’en avoir la nausée. Il vit Sigurd et Helgi apparaître devant lui. Ne sachant plus distinguer la réalité du reste, il tenta de les faire disparaître. Sigurd se saisit de lui et le secoua, répétant son nom.
– Rùnar ! C’est moi, Sigurd !
Cela suffit pour ramener Rùnar à la réalité.
– … Partez… Laissez-moi…
Helgi stoppa Sigurd et s’occupa de Rùnar. Elle le fit s’assoir, et lui prit les mains.
Elle inspira lentement et se laissa guider, comme elle l’avait fait lors de l’Ascension, fermant doucement les yeux. Sa chevelure noire s’allongea, ses cheveux prirent une teinte rousse, ses ongles prirent légèrement l’apparence de griffes. Il émanait d’elle une forme de chaleur et de douceur. Elle rouvrit ses yeux. Ils n’avaient pas changé.
Elle sentit les peurs et les douleurs de Rùnar. Elle ne pouvait rien faire pour ses douleurs physiques, mais elle parvint à apaiser ses émotions.
– Tu n’es plus seul Rùnar, tu ne l’as jamais été et tu ne le seras jamais.
– Je sais déjà, Helgi, l’issue de tout ça. Elle me l’a montré. Et j’ai essayé… J’ai essayé de la chasser…
Helgi perçut alors ce qu’il y avait de plus terrible en son ami. Sa magie était si basse, dévorée presque entièrement par le Chaos parasite. Elle en tremblait. Et elle plongea dans son esprit, guidée à nouveau par le Renard. Mais elle fut repoussée violemment par Rùnar.
– Tu ne comprends pas, Helgi… Il est trop tard…
Helgi et Sigurd virent Rùnar changer. Sigurd l’avait déjà vu temporairement lorsqu’ils fuyaient Forvirring. Il découvrit à nouveau Rùnar grandir, sa chevelure blanchir, sa peau devenir si pâle qu’elle donnait l’impression de pouvoir voir en partie le squelette au-dessous, son physique s’affiner, et tout son être devenir aussi terrible que la mort elle-même. Son Chaos émanait de son être et d’un mouvement simple de la main, les morts se redressèrent, les ombres apparurent et tous gonflèrent les rangs de l’armée du Chaos.
De son côté, Gunnhild sentit la présence nouvelle des morts et des ombres. Un sourire se dessina sous son casque.
– Je l’ai trouvé. Il est temps d’en finir.
Elle se précipita sur Baleygr, libérant toute la puissance de son Chaos et brisant la lance de Baleygr, elle plongea jusqu’au plus profond de l’âme du Borgne, la main plaquée sur son visage et dévora tout le Chaos en lui. Pris totalement par surprise, Baleygr hurla et se laissa tomber au sol. Il se sentait vide, impuissant. Il parvint malgré tout à rassembler sa force physique et ramassant la hache de guerre de la Jarl de Varangar, il parvint à arrêter net l’épée qui allait s’abattre sur lui. Gunnhild montrait des signes de fatigue, la lutte avec Baleygr lui ayant soutiré beaucoup d’énergie. Elle l’attaqua à nouveau, une première fois, puis une deuxième, et une troisième, Baleygr para les trois coups, mais cela devenait de plus en plus compliqué pour lui. Elle lui assena un quatrième puis un cinquième coup, et le sixième fut fatal pour Baleygr, une feinte de la part de Gunnhild ayant réussi à briser sa défense pourtant parfaite.
Les ombres et les morts de Rùnar encerclaient Helgi et Sigurd, lorsqu’elle ressentit soudainement une perte terrible en elle. La même qu’elle avait ressenti lors de la mort d’Hyndllah.
La déchirure fut si violente, qu’elle la laissa prendre toute la place. Son collier brilla fortement, et son aura se gonfla sous la douleur et la puissance de ses émotions. Elle hurla et concentra son énergie magique dans sa main. La lumière concentrée dans celle-ci pris la forme d’une longue épée argentée. Une fois, celle-ci bien présente dans la main de la jeune fille, celle-ci renforça sa prise, fermement, sur le manche.
Et tout fit sens. La sensation pour Helgi était irréelle. C’était comme si elle avait toujours su la manier. Si les ombres avaient fui rien qu’à la vue de la lame, les morts en furent déstabilisés et Helgi les trancha d’un mouvement de bras.
Elle se précipita sur Rùnar, et l’assomma d’un coup violent de pommeau sur sa tempe, puis poursuivit sa route plus haut dans la ville et trouva Gunnhild, Baleygr allongé à ses pieds. Helgi vit le sang de son père adoptif noircir les pavés sous les pieds de l’impressionnante femme bien que blessée. Animée par sa rage et sa colère, Helgi concentra sa magie sur sa nouvelle lame et se jeta sur Gunnhild. Celle-ci para le coup, mais fut malgré tout repoussée plus loin sur plusieurs mètres. Helgi l’avait éloignée de Baleygr, mais elle se jeta à nouveau sur Gunnhild. Celle-ci para à nouveau et de son Chaos elle repoussa Helgi. Gunnhild profita qu’Helgi prenne le temps de se relever, pour se redresser également, et ainsi lui faire face correctement.
– C’est donc toi, la nouvelle Herkkä…
– Tu as pris Hyndllah, tu as pris mon père, je ne te laisserai pas prendre Rùnar ! cria Helgi
– Oh… Je vois. Sourit Gunnhild. Tu n’es pas de taille, chère enfant.
Helgi ne se laissa pas démonter. Elle renforça sa prise sur son épée et attaqua à nouveau Gunnhild. Sa lame rencontra celle dorée, et à cet instant, Helgi tenta de frapper Gunnhild de son pouvoir mais le Chaos de Gunnhild fut plus brutal et plus rapide. Elle le sentit l’envahir, s’insinuer dans ses bronches, bloquer son diaphragme et alourdir ses poumons.
– … Personne ne m’empêchera d’accomplir ma vengeance. Personne… Pas même toi.
Gunnhild s’éloigna, laissant Helgi se débattre pour se défaire du Chaos qui la dévorait. Elle redescendit, et trouva Rùnar. Sigurd s’interposa mais Gunnhild le repoussa, la chute assommant le jeune garçon. Rùnar conduisit alors Gunnhild et l’armée du Chaos jusqu’au pont de la Citadelle de Lodd.
Les Soeurs avaient bloqué l’accès, mais Gunnhild parvint à détruire la porte. Cependant ses blessures la faisaient souffrir et sa magie s’amenuisait. Elle laissa alors Rùnar guider les morts et les ombres dans la Citadelle.
Skuld se rendit au sommet de la plus haute tour de la Citadelle et y libéra toute la puissance de sa nature de guerrière ailée, déployant ses ailes, brandissant son arme et sa magie. Elle prononça alors les mots célestes, et son chant terrible résonna tel le tonnerre. Alors le pont de la Citadelle implosa sous l’armée du Chaos.
Urd et Verdandi la rejoignirent, prononçant les chants du passé et du présent, insufflant la vie à la Citadelle, changeant sa configuration, déroutant les soldats à l’intérieur, et les écrasant. Rùnar et Gunnhild furent repoussés loin de la falaise. Dans la tour, les trois Soeurs concentrèrent leur magie formant un orbe qui finit par imploser, l’onde se propageant jusqu’au-delà des murs de Varangar, repoussant tout le Chaos qui s’y trouvait. Gunnhild avait usé de ses dernières forces pour se protéger et pour protéger Rùnar, de l’implosion, et fut alors contrainte de faire marche arrière.