UN SILENCE TERRIBLE S’INSTALLA DANS LA VILLE. Les habitants qui avaient survécu sortaient de leur cachette. La poussière du Chaos, le sang et la mort régnaient dans les rues. Les femmes pleuraient leur mari mort. Les enfants se serraient contre leurs mères, perdus face à ce qu’était devenu leur terrain de jeu favori. Les couleurs avaient disparu. Les mères serraient, impuissantes, le corps de leur fils. Les visages étaient fermés. Les Lähoitaja récupéraient les blessés et les emmenaient dans la halle du Jarl. Plusieurs d’ailleurs s’occupaient de cette dernière, gravement blessée à la suite de son combat contre la Reine de la Cité des Orages.
Helgi était assise près du corps de Baleygr. Suite au départ de Gunnhild, le Chaos qui l’avait rongée, s’était dissipé. Elle ne bougeait pas d’un pouce. Les larmes noyaient ses joues. Elle avait encore la sensation terrible du Chaos de Gunnhild en elle. Physiquement, cependant, tout était redevenu tel qu’il était habituellement. Sigurd avait été conduit à la Halle et reposait parmi les blessés.
Personne donc ne prêta attention à Urd, Verdandi et Skuld, bien que pour la première fois, elles traversaient Varangar aux yeux de tous. Elles trouvèrent d’abord Helgi. Skuld sentit son cœur se serrer à voir la jeune fille ainsi. Elle la prit dans ses bras et l’aida à se relever. Urd appela deux Lähoitaja et se fit aider pour s’occuper du corps de Baleygr.
Verdandi chercha Sigurd et le trouva à la Halle. Un Lähoitaja était en train de le soigner. Verdandi le laissa terminer et avec son aide, elle porta Sigurd.
Toutes les trois se retrouvèrent ainsi au port de Varangar. Urd fit installer le corps de Baleygr, Verdandi installa Sigurd dans une des cabines et Skuld était avec Helgi sur le pont. Les Lähoitaja quittèrent le navire et dans un murmure, Skuld fit gonfler les voiles et le navire quitta le port ainsi.
Blottie dans les bras de Skuld, Helgi regarda la côte s’éloigner, les ruines de Varangar avec elle.
– Où allons-nous ? demanda-t-elle faiblement.
– Sur l’’île de Blása.
Le voyage vers l’île dura trois jours. A l’aube du troisième jour, Skuld envoya un corbeau vers le nord, portant un message. Le silence régnait sur le navire. Sigurd était toujours souffrant, et Helgi profondément marquée par tout ce qui leur était arrivé à Varangar. Au début, Helgi soulageait le cœur et l’esprit de Sigurd, lui prenant sa tristesse, sa douleur et sa colère. Mais elle arrêta rapidement de le faire, laissant ainsi le temps faire son œuvre, aidant simplement Verdandi à prodiguer les soins.
Le bateau entra au port. Debout à la proue du navire, Helgi profita de la vue, et découvrit la ville qui se dévoilait devant elle. L’île était verdoyante, la lumière de l’après-midi donnant des reflets dorés aux reliefs couverts de verdure, et jouait avec les ombres des forêts d’if et de bouleaux. La ville se démarquait, installée aux abords de la falaise. Les maisons semblait tracer un chemin jusque la Halle au toit doré et aux murs blanc ivoire, située sur le relief le plus haut de l’île.
Une fois le bateau accosté au quai, Skuld fut la première à descendre. Un vieil homme s’avança, prenant appui sur un bâton, sans pour autant qu’il en ait réellement besoin pour marcher. Dans sa main gauche, il tenait un papier, et salua Skuld qui s’approchait.
– Gunnar.
– Jarl Skuld.
– Je vois que vous avez reçu mon message.
– Tout est prêt, tel que vous l’avez demandé. répondit-il en hochant la tête.
Gunnar fit un geste de la main et plusieurs personnes aidèrent Urd, Verdandi et Helgi à descendre et à transporter leurs affaires, le corps de Baleygr et la civière sur laquelle était allongé Sigurd vers la Halle. Skuld marchait aux côtés de Gunnar qui lui rapportait ce qu’il en était de la vie sur l’île, et si des changements notoires avaient eu lieu ou non. Helgi suivait machinalement le groupe. Elle ne prêtait pas plus attention au monde qui s’activait autour d’elle une fois arrivée dans la Halle. En temps ordinaire elle aurait pris le temps d’apprécier les gravures, les tapisseries et autres éléments de décor. Mais cette fois-ci, elle se contenta d’aider à installer les affaires dans les chambres, et à porter ce qui était nécessaire pour soigner Sigurd auprès de Verdandi.