LA CHEVELURE DE FEU, les yeux verts émeraude, le visage jeune aux traits fins, le corps fort et mince, Sigurd dégageait une allure et un charisme presque royaux. Il ne s’en rendait pas compte, trop préoccupé par les derniers évènements de sa vie, mais il attirait l’attention. D’un pas décidé, il alla demander où il pouvait trouver Eir. En arrivant, il avait compris qu’elle était la personne à la tête des guérisseurs et guérisseuses, en charge de tout ce petit monde et des prises de décisions. Une fois l’information demandée reçue, il reprit sa route et toqua à la porte. C’est Eir qui lui ouvrit :
– Entrez. dit-elle en lui libérant le passage.
Sigurd ne se laissa pas dire deux fois. Il restait tout de même sur ses gardes. Depuis son arrivée à la Tour, il avait trouvé les lieux trop étranges. Eir lui paraissait beaucoup trop sympathique. Il avait vu la gardienne lui parler en privé, les dieux savent de quoi. Et puisque Rùnar lui paraissait peu méfiant, il était hors de question d’être encore une fois embarqué dans des problèmes avec lui. Sigurd ceci dit ne sut pas trop pourquoi il y avait un arrière goût de déjà vu ou vécu avec cette pensée. Il observa tout de même les lieux. Derrière lui, il entendait Eir préparer le matériel. Et la voyant passer avec tout un nécessaire de soin, il l’arrêta doucement la main sur son bras droit :
– Peut-on s’occuper… D’autre chose ?
Eir fronça légèrement les sourcils surprise et posa les affaires sur sa table :
– Oh… Dites-moi, qu’y a-t-il ?
Sigurd s’assit sur la couchette, guidant Eir et la faisant s’installer sur un tabouret face à lui.
– J’ai été inconscient pendant très longtemps… Un mois de ce que m’a dit Rùnar… Mais si j’ai des souvenirs de notre passé, j’ai comme… Oublié ce qu’il s’est passé en réalité… Lorsque je me suis réveillé, j’ai eu du mal aussi avec mon pouvoir… C’est revenu petit à petit quand j’ai essayé de me souvenir, mais…
Il poussa un soupir :
– Vous pourriez commencer par ça ? Rùnar ne veut rien me dire, et j’ai l’impression que je vais devenir fou…
Eir lui prit doucement les mains. Ce geste toucha beaucoup Sigurd. Il la vit fermer doucement les yeux. Elle resta ainsi face à lui, silencieuse, pendant quelques minutes avant de les rouvrir.
– Je peux vous aider avec votre mémoire. Mais cela sera difficile. Je sens votre énergie magique retrouver sa force, mais être fragilisée et votre esprit devenir instable. J’ai comme l’impression que ne pas vous souvenir est un mécanisme pour vous protéger le temps de vous renforcer et être en mesure d’encaisser… Vous êtes sûr de ne pas vouloir d’abord être physiquement capable de faire face ?
Sigurd lisait l’inquiétude sur son visage. Elle lui tenait toujours les mains. Il y avait quelque chose de très maternel qui lui faisait un bien fou. Il hocha la tête :
– Oui. S’il vous plaît. J’ai besoin de savoir.
Eir acquiesça, se leva et alla chercher plusieurs petits contenants dans lesquels se trouvait différentes herbes, ainsi qu’un petit bol. Elle posa le tout sur sa table. Sigurd la regarda préparer un mélange, récitant des runes. Puis, elle tira un lourd tissus devant la fenêtre, alluma plusieurs bougies et revint près de lui, un petit bol à la main :
– Le voyage vers les souvenirs est difficile, semé d’embûches. Expliqua-t-elle. Dès l’instant où vous boirez ceci, votre conscience quittera cette réalité. Ce sera à vous de trouver le chemin vers ce que vous cherchez. Moi, je serai toujours ici pour vous surveiller et prendre soin de vous. Mais de l’autre côté, vous serez tout seul. Mon pouvoir me permettra seulement de voir ce que vous vivez et vous aider lorsqu’il le faut. Vous comprenez ?
– J-je crois…
Il attrapa le bol et but entièrement son contenu. Eir récupéra le récipient rapidement, alors qu’il se sentit vaciller, le sol se mettant à tourner, les murs à craquer et à se mouvoir bizarrement. Eir l’allongea, alors qu’il ferma les yeux.